La philo pour le dialogue interculturel

                                                               
Le sacré, la culture, et les religions
Dialogue entre les cultures et le rôle universel du sacré


Synthèse de l’exposé de F.Schwarz



1° Définition des mots dialogue,  sacré, culture


Dialogue

Dans la démarche philosophique, le dialogue est essentiel, il  représente le mode d’expression philosophique.

Pour dialoguer, il faut deux intelligences qui recherchent

-         l’échange ;

-         l’association d’autrui par rapport à une investigation, ceci est important pour aborder le sacré.


Sacré

Le sacré peut se définir comme étant le « rapport à l’autre ».

Cela implique une valeur importante : la tolérance, comprise dans un sens actif qui consiste à reconnaître et accepter une égale légitimité à autrui, par rapport à ce qu’il exprime.

Cette reconnaissance permet, malgré les différences, de définir ensemble une direction commune pour se réunir.


Culture

La notion de culture est capitale pour toute société humaine.

La culture est une valeur, un fondement  propre de  l’homme, elle n’est pas un simple outil mais une mémoire qui nécessite des agents de transmission (de langage, de technique, de système de droit, …) d’un acquis.

L’homme est producteur de culture et donc de capital symbolique, quand il se soucie de son existence plutôt que de sa survie.

Comme la culture peut tout aussi bien relier ou séparer les hommes, le dialogue interculturel est indispensable.

L’histoire des religions et l’étude comparée des symboles et des mythes offrent un champ d’investigation pour mieux comprendre comment l’autre représente et exprime sa réalité.

Pour dialoguer, seul le courage de sortir de son ethnocentrisme permet de comprendre que sous des apparences très différentes, les fondements humains sont identiques.

 

Le dialogue doit être basé sur une investigation associée pour aller plus loin que nos propres cultures et ainsi se comprendre et agir ensemble.

 

Le Sacré

Le sacré est une complexité qui peut se résumer par le fait qu’il est :

·        avant tout l’AUTRE : le tout à fait autre, ce qui n’est pas « courant ».

Le sacré n’est pas un stade de l’histoire de la conscience mais un élément de la     conscience qui permet de concevoir l’invisible, l’autre.

·       universel : ce qui est commun aux autres.

Le sacré est une dimension universelle qui permet de relier le visible et l’invisible.

·        Transpersonnel

Le sacré ne favorise pas le particularisme, en allant vers les valeurs universelles (communes à tout autre), il permet de sortir et de dépasser le particulier, le personnel.

·        Transcendant

Le sacré amène l’homme à se dépasser lui-même en acceptant l’universel.

Le sacré est une expérience de la conscience qui ouvre à d’autre dimension.

Le sacré est porteur d’une valeur qui dépasse le quotidien, le profane.

Un élément du profane (arbre, montagne, objet, personne) peut devenir sacré quand il devient support d’une dimension transcendante et universelle.

·        Exemplarité

Le sacré fonde des modèles de ce qui est exemplaire

·        Rationnel, ou non irrationnel

Le sacré développe un aspect de notre pensée qui n’est pas la raison (raisonnante) mais l’imagination créatrice ou symbolique.

Imaginer c’est utiliser une image, une représentation, une symbolique pour relier le visible et l’invisible (l’autre).

L’imagination, en utilisant une logique, une cohérence et un langage symbolique, fait partie des procédures cognitives (rationnelles).

 

Le sacré, du point de vue de l’anthropologie, a quatre fonctions


1° Fonction d’archétype ou modèle

L’expression du modèle archétypal (autre dimension de la réalité) est impossible par la raison mais bien par l’imagination, les mythes et les symboles.

Le symbole, avec son signifiant et la multiplicité de signifiés qu’il peut porter, est médiateur, transmetteur et multidimensionnel.

 

2° Fonction religieuse

L’expérience du sacré fonde le phénomène religieux.

Le religieux expérimente le sacré dans son intimité.

Le sacré donne gage d’efficacité et de cohérence à la religion.

La religion ne donne pas le sacré.

La religion n’implique pas nécessairement la croyance en un dieu.

L’expérience religieuse est l’expérience d’une dimension transcendante ( expérience du sacré) en rapport avec l’idée de la quête de l’être, de sens et de la vérité

 

3° Fonction morale

Le sacré apporte un sens des valeurs et donc les notions de transgression et le sens universel de l’inviolabilité (ne peut pas être touché).

Il est important d’éviter la confusion entre les mots sacrés et sacralisation.

La sacralisation est une  surévaluation d’un élément, d’un évènement, d’une personne, fruit d’une projection (psychologique) humaine qui réduit la dimension symbolique universelle propre au sacré.

La sacralisation apporte excès, aveuglement, violence, fanatisme et non-dialogue.

La perte du sens du sacré et donc la perte de règles et du sens de l’inviolabilité induit une perte de cohérence entre la vie en société et la vie individuelle et par la même une perte d’humanité !

Le sacré est un fondement de la structuration de l’humanité.

 

4° Fonction de quête de sens

De manière universelle, l’homme a toujours cherché à comprendre, à expliquer, à donner du  sens à sa vie, à la vie de l’autre, à l’invisible.

L’expérience du sacré se fait toujours en rapport avec la quête du sens, de la signification.

 

Philosophie et Religion.

 

Toutes deux partent de la notion de croyance et de la notion d’esprit.

 

Notion de croyance

Cette notion commune de croyance n’est pas résolue de la même manière.

Pour la religion, l’argument d’autorité est suffisant et le clergé est le pont (pontife), le médiateur avec l’invisible

En philosophie, l’expérience du sacré n’engage pas la participation de l’homme à aucune religion particulière.

Le philosophe expérimente le sacré à travers sa propre conscience.

Dans cette démarche de recherche de vérité qui le pousse à comprendre et à éprouver les enseignements, l’homme n’a pas besoin d’un clergé car il devient lui-même médiateur par sa réflexion consciente.


Notion d’esprit

La notion d’esprit  ou de spiritualité est commune à la philosophie et à la religion.

L’esprit (spiritus) se rapporte :

·        au souffle : mouvement d’inspir et d’expir ;

·        à la notion d’intelligence comme capacité de discernement et de compréhension globale ;

·        à la notion de liberté : on ne peut se libérer de nos contraintes et de nos conditionnements que si on a compris ;

·        à la capacité de donner de la hauteur, cette fonctionnalité de l’esprit permet de voir l’ensemble en associant le global et le détail ;

·        à la capacité de donner la vie aux choses : mettre de l’esprit, c’est agir de tout son être ;

·        à la capacité d’imagination et de représentation qui permet la symbolisation ;

·        c’est l’activité de l’esprit symbolisant qui permet le dialogue avec l’invisible ;

·        s’il y a blocage dans le système de représentation et donc de symbolisation il n’y a pas de possibilité d’échange et de dialogue.

Le but de toute éducation philosophique est de rapprocher toute personne du processus de symbolisation pour qu’elle puisse devenir maître de son esprit