L
es défis de l’interculturalité et les convergences possibles


Ahmad Aminian
(Philosophe et historien des religions, formateur en "philosophie de l'éducation interculturelle" et chercheur au « Centre interdisciplinaire d'études des religions et de la laïcité" à l'ULB.

 

Résumé :

Monsieur Aminian va traiter les façons d’arriver à établir un dialogue interculturel.

Il définit d’abord les notions de fond : le dialogue, la culture.

Le dialogue :

Dialoguer pour établir une relation entre individus (dialogue simple) ou une relation collective (dialogue complexe). Dans le dialogue, il faut en même temps se connaître mais aussi aller vers l’autre et tenter de participer de son vécu. La situation est parfois paradoxale. Il faut accepter le contraste.

Dans le dialogue, il y a présence de culture personnelle, de culture du groupe et cela de même chez la personne avec qui on dialogue. Il y a d’abord un dialogue entre plusieurs facettes de notre propre identité culturelle globale. 

Le dialogue doit pouvoir aller vers une recherche de manques et pouvoir arriver à se compléter. Il faut donc préciser certaines choses pour aller vers certaines valeurs communes. Si nous ne trouvons pas de points de convergences, il y a monologue ou dialogue de sourds.

La culture :

Monsieur Aminian revient ensuite aux définitions de la culture pour en retirer divers concepts :

·         Action de cultiver la terre pour la rendre productive : concept de productivité.

·         Développement des facultés intellectuelles.

·         Ensemble des connaissances acquises par un individu.

·         Activités soumises à des normes et à des modèles de comportements transmis par l’éducation dans un groupe donné : concept de l’éducation.

·         Tradition culturelle. Activité déterminée par l’histoire : concept de tradition.

La culture est une action qui s’exerce sur l’être humain à travers son histoire pour lui apporter des connaissances, des comportements et de l’imagination.

Cela est lié au passé mais donne un sens au présent et garantit l’avenir. La culture doit se comprendre dans ces trois dimensions.

 

Le passé (la tradition) est parfois mis trop en avant dans le dialogue interculturel. Dans le présent, la culture est éducation et dans sa relation à l’avenir elle est créativité.

Dans le dialogue interculturel, il faut un geste artistique ; il faut être créateur, inventif… c’est un processus créatif. Il y a relation entre l’universel et le particulier, l’unité et la multiplicité, …

Les questions les plus importantes pour l’être humain : qui suis-je, d’où je viens… c’est ce qui concerne la vie et la mort !

L’homme dialogue avec lui-même sur ces thèmes. Il crée des réponses : relations avec la vie, la mort…  l’homme a toujours eu une relation et un dialogue entre le visible et l’invisible. Depuis la modernité occidentale, le choix a été fait vers le visible.

 

Comment gérer le dialogue interculturel en Europe dans nos sociétés multiples ?

Différents modèles sont abordés par monsieur Aminian :

·         L’interculturel de coexistence (voir schéma). L’individu est élément fondateur de la gestion de la globalité. Il y a une culture de base de référence. La société est atomisée, démocratique mais la culture dominante gère l’ensemble à travers l’espace administratif. En dehors de cet espace public, chacun fait comme il l’entend. Les autres cultures sont libres dans leur expression culturelle et opinion. La vérité n’existe pas, le dialogue est géré à partir du multiple.  Relativisme culturel. Exemple : GB, USA, Canada, Hollande, Flandre, protestantisme,  … Dans ce modèle on va de la multiplicité vers l’un

·         L’interculturel de l’intégration (voir schéma). Une culture de référence qui se voit comme universelle. Elle détient la vérité. Se base sur la raison comme élément fondateur de sa vérité. Compréhension du bien et du mal par la raison. Il faut intégrer les autres dans le modèle. Idée de progrès, l’humain est perfectible. Les primitifs se trouvent au début. Exemple : La France, société laïque, catholique, l’Islam, …  Dans ce modèle on va de l’un vers le multiple.

Ces deux modèles sont à la base de la construction de l’Europe. Il existe un 3ème modèle embryonnaire.   

·         L’interculturel de participation (voir schéma). Gère le paradoxe. Une logique ternaire doit prendre la place de la vision binaire qui a été la base de la modernité. Il y a une interaction continuelle entre cultures sans universel à priori. Ce qui crée un espace d’universalité différentielle. Cet espace peut éclater et cela peut donc provoquer de l’angoisse. Celle-ci peut être créatrice ou destructrice (il y a toujours possibilité de conflits et de guerres). La possibilité d’éclatement peut générer de l’interculturalité qui va à son tour générer des espaces d’universalité différentielle. Exemple : Union Européenne.

 

Monsieur Aminian rappelle qu’il est médiateur scolaire par choix (et pas seulement un chercheur universitaire qui reste dans le domaine académique), pour être sur le terrain et pour travailler sur le dialogue interculturel et en particulier travailler avec le 3ème modèle.

Les 5 valeurs idéales qu’il utilise dans ses dialogues de médiation :

1.      Humanisme

2.      Liberté de conscience

3.      Pluralisme

4.      Ouverture

5.      Démocratie

Pour les atteindre, il utilise des valeurs d’application : respect, confiance, générosité, bienveillance, fraternité, neutralité, connaissance, responsabilité, autonomie.

La pratique quotidienne peut nous aider à aller vers le dialogue interculturel, conclut-il.